lundi 12 septembre 2011

Idées sur le voyage - 2. De la préparation jusqu'au lâcher prise

De la préparation...
Combien d'entre nous ne se sont pas laissés porter par le tourbillon d'un globe terrestre ? Qui n'a jamais cherché à s'imaginer quels peuvent être les couleurs, les odeurs qui se cachent derrière les tracés des cartes ? Si tout voyage commence par un premier pas, celui-ci est imaginé des milliers de fois avant d'être physiquement effectué. Une carte postale représente une réalité figée, vue sous un certain angle. Le "cliché" est très évocateur, tellement que notre esprit n'a plus de place à l'imagination. L'évasion sous-jacente ne peut être alors vraiment libre. Lorsque je regarde une carte géographique, j'y plonge ! Je parcours les routes, longe les cours d'eau, franchis des cols. Chaque fois mon itinéraire est différent. Pendant ce chemin tout est possible. Les villes écrites en caractère gras ressortent comme des points de convergence, d'animation tandis que les verts des grandes campagnes et les noms des villages semblants perdus aspirent déjà à une certaine tranquillité. Quel intérêt pouvons-nous trouver dans toutes ces suppositions qui sont sûrement en dehors de la réalité ? Arriver dans un endroit c'est comme rencontrer une personne. On nous en avait peut être parlé avant de la voir, en bien, en mal mais la manière façon de juger c'est encore de s'y confronter. Rencontrer un pays, une culture, un peuple, des paysages fonctionne de la même manière. Les cartes postales trop parfaites ne sont qu'une partie de la réalité d'un lieu. Les cartes géographiques ou routières représentent un autre aspect de cette réalité.


...au lâcher prise ! 
Avancer c'est marcher vers l'inconnu. Puisqu'on ne peut pas tout contrôler il faut accepter le caractère aléatoire de certaines conditions du voyage et en saisir les opportunités qu'elles peuvent offrir. L'important n'étant pas nécessairement d'atteindre un but mais de faire bonne route ! La plus minutieuse des préparations ne pourra tenir compte de l'essentiel qui se trouve dans la rencontre, dans l'inattendu. La multitude de détails qui ne figurent ni dans les guides, ni sur les cartes mais qui donne toute sa grandeur à l'expérience. Le travail du temps qui est la dimension primordiale, devant même l'espace. Antinomie linguistique qui tient pourtant une grande vérité : prendre son temps c'est s'en affranchir. Oublier l'avant et l'après. Vivre dans l'ici et maintenant, à la fois pleinement dedans et complètement hors du temps.

samedi 30 juillet 2011

Téléphone

Le téléphone est à l'image de n'importe quelle autre technologie. Les prouesses techniques, électriques et électroniques, maintenant cybernétiques, j'en passe et des meilleurs, toutes celles-ci ont dans le but premier de nous assister, voire nous remplacer.
Ce qui me dérange principalement dans le téléphone portable n'est pas le simple fait d'être toujours joignable. Mais cette caractéristique aujourd'hui totalement répandue met la plupart des gens dans la position moderne d'une forme de spontanéité agaçante. Autrement dit les gens se permettent de prévenir dix minutes avant un rendez-vous qu'ils seront en retard, ou lorsqu'il faut organiser quelque chose la réponse la plus répandue est celle-ci : " - On s'appelle ! ".
Apogée de la procrastination, l'art de toujours tout remettre à plus tard. Avec le téléphone, tout le monde est connecté mais même si les conversations gagnent en quantité, elles perdent en qualité. A cause des SMS, l'orthographe et toute la langue française ont pris une grosse claque. On ne dit pas non plus les mêmes choses dans une lettre manuscrite ( oui, j'en écris encore ) que dans un mail ou un sms.
Avec les "smartphones" nous sommes sûrs de voir venir l'ère des "dumbpeople". Qui se rappelle ne serait-ce qu'une dizaine de numéros de téléphone ? Le téléphone qui sait tout nous ampute de certaines capacités intellectuelles ET sociales. Avant les gens demandaient leur chemin aux locaux, maintenant il y a le téléphone. Il calcule, il prend des notes, des photos, il indique le nord... tout ce qu'il fait c'est ce que l'homme ne fait plus.
Nous vivons dans une époque d'assistés. Quand les machines nous aident physiquement à produire des objets... l'homme est soulagé de certains efforts. Quand d'autres objets nous aident intellectuellement à mettre en relation des idées, établir des raisonnements, trier des données, observer, analyser... l'homme court à l'esclavage et nous débouchons sur les scénarios de Terminator ou Matrix.
Ne soyons pas extrémistes et technophobes mais sachons distinguer la véritable nécessité des téléphones portables en faisant en sorte d'y recourir seulement en cas de force majeure !

dimanche 24 juillet 2011

Idées sur le voyage - 1. De l'idée à l'envie

L'idée
Voyager n'est pas seulement se déplacer. Voyager n'est pas seulement partir. C'est un long processus qui se prépare. C'est un rêve qui émerge et se développe. L'idée de confrontation avec de nouvelles choses, l'idée de rencontres et de découverte ne peut se réduire à aller à l'autre bout du monde et vivre dans un cocon touristique affublé d'un vulgaire masque de folklore exotique. Il est nécessaire d'aller au delà d'une vision simpliste des beaux paysages de tel ou tel pays avec une fausse sympathie envers un peuple qui reste quand même très pauvre. Bien que chaque groupe d'individus qu'il soit à l'échelle régionale ou nationale s'inscrit dans un ensemble géographique de villes, campagnes, lieux naturels, monuments ou autres sites touristiques, ma définition du voyage serait aujourd'hui beaucoup plus portée sur la notion d'échanges culturels inter-individuels.

Le déclic
Que manque-t-il à notre vie quotidienne pour que nous ressentions ce besoin de plus en plus répandu de parcourir le monde ? Si nous aimons tant partir en vacances c'est que nous trouvons en elles des éléments qui nous sont nécessaires mais introuvables autrement. Tout voyage commence par ce besoin de partir, cette envie de changer d'air, le désir de découvrir d'autres décors, d'autres atmosphères. Partir est dire non à la banalité. Partir est rejeter la société pendant un moment. Dans une conception épurée bien sûr, puisque si nous quittons la nôtre c'est souvent pour en retrouver une identique à peu de choses près. Le déclic qui nous pousse à aller voir ailleurs c'est que sans savoir, nous supposons toujours que l'herbe est plus verte chez le voisin.

L'attente
A tout trajet précède une attente. Celle-ci est plus ou moins longue suivant la nature du déplacement. Nous multiplions tous ces instants durant lesquels on regarde l'heure. Les aiguilles de l'horloge de la gare tournent inlassablement tandis que le grand panneau des départs qui trône dans le hall d'entrée est fixé par des dizaines de paires d'yeux. Les bruits des moteurs des voitures qui passent nous interpellent et ce n'est pas, à chaque coup d’œil que je jette, le bus de la ligne 54 qui passe toutes les vingt minutes. Une attente presque extrême est devenue coutume dans les aéroports. Mais celle dont je veux vous parler maintenant est encore plus longue. Plus qu'une simple attente passive, la tête levée au ciel ou plongée dans le journal, la plus importante et la plus grande est la période de gestation du voyage. Comme n'importe quelle autre c'est un moment d'incertitude, un espace dans lequel rien n'est encore joué. Les dés sont dans la main, il faut les lancer. Dans ces moments, attendre c'est espérer, s'imaginer, rêver. De cette énergie qui est née on va en vivre. Pendant quelques mois, plusieurs années des fois. Avec le temps, une date se rapproche, un départ. Le rêve flou se précise et l'énergie grandissante nous excite et nous rend impatients.

à suivre...

jeudi 7 juillet 2011

Objets 1

Si les mois qui arrivent sont pour la plupart d'entre nous synonymes d'ensoleillement, de vacances et de repos nous nous préparons également pour l'année d'études ou de travail qui va suivre et les déménagements se multiplient. On voit sur les trottoirs des ensembles entiers de mobiliers entassés au mieux dans des autos trop petites qu'on reconnaît d'un simple coup d’œil, la lumière ne passant même plus à travers les vitres, sur les routes allant d'une ville à une autre.
Avant de partir, on aura pris soin de ranger, classer, trier les objets qu'on avait accumulés jusqu'à ce moment où il faut faire de l'ordre, de la place. On sort les cartons et pendant des heures chaque chose que l'on possède nous passe entre les mains, subissant pour certains le jugement final : " Cela vaut-il vraiment la peine que je garde ça ?". Se met en place alors inconsciemment tout un processus mental de réflexion sur nos objets. Suivant sa fonction, son ancienneté, son estimation de durée de vie, sa fréquence d'utilisation, son état, les souvenirs qui y sont attachés, ses liens avec un ou plusieurs autres objets, chacun est manipulé, observé et analysé pour l'épreuve du déménagement.
Les recalés finissent à la poubelle, à la déchetterie, et il n'est pas rare d'en voir abandonnés aux pieds des immeubles, attendant leur funeste destin. Par chance certains sont recueillis et trouvent dans d'autres foyers de nouvelles vies. Quel contraste ironique de savoir ces pièces vides et ces camions pleins. Sans rentrer dans des considérations économiques ou traitant de la valeur du travail, a-t-on vraiment besoin de gagner plus, d'avoir un super pouvoir d'achat, pour dépenser plus ? La question paraît très naïve, elle l'est. Mais les réponses méritent que l'on s'y intéresse.
Qu'il s'agisse de vêtements, de gadgets, de mobilier, les objets définissent un tas de choses. Ils sont représentatifs d'une époque, d'un style, d'un goût, suivant leur gamme d'usage et leur prix on peut même affirmer qu'ils représentent des classes sociales. Bon gré, mal gré, ils nous définissent. Avec obsolescence programmée on discute des goûts et des couleurs tous les deux mois, avec la vitesse de progression des technologies, notre société de consommation a réussit à créer un genre de frénésie qui nous poussent à toujours posséder le dernier gadget de peur d'être en retard sur son temps. Même les objets les plus simples, à la base purement fonctionnels, sont de plus en plus sujet à réflexion esthétique. Une simple poignée de porte chromée au design futuriste peut coûter aussi cher qu'un loyer d'appartement. Sans revenir aux chevaux et aux bougies, réfléchir sur la véritable origine d'un besoin/désir n'est jamais inutile. Je n'aurai pas de montre de luxe une fois arrivé à un certain âge, aurai-je pour autant raté ma vie ?
Qu'elle soit politique, sociologie, psychologie, philosophie, n'importe quelle science humaine traite de manière directe ou indirecte du rapport à l'autre. Au delà de leurs fonctions premières, de leurs réelles nécessités, les objets que nous possédons contribuent à établir les rapports à soi et aux autres. (L'économie est également basée dessus). Avec ceux-ci nous voulons montrer qui nous sommes. Nous avons besoin d'avoir ces repères qui témoignent de notre évolution, du temps qui passe, du labeur dont on retire le mérite. Nous avons besoin de nous créer, chez nous, notre univers. Les souvenirs, les cartes postales nous rappellent le passé. Ce qui a été accompli. Nous accumulons et entassons tout ce qui peut nous laisser croire que nous remplissons notre vie. Pour beaucoup, les objets constituent même des buts. Avoir une belle voiture, une maison. Tristes ambitions pathétiques quand elles ne restent qu'un horizon, parfois atteint sans même avoir profité du paysage. Être antimatérialiste ne signifie pas rejeter la possession. S'affranchir du besoin de posséder c'est accorder de l'importance d'une part à ce que l'on possède déjà sans y être aveuglement attaché, d'autre part et principalement, c'est profiter de tout ce qui n'est pas de manière évidente concret, physique, palpable. Même si ce que nous avons nous définit, ce n'est pas nécessaire, et encore moins suffisant. N'oublions pas que les choses sont éphémères, les situations aussi. Nous pouvons tout perdre du jour au lendemain. Que resterait-il alors ? Notre simple personne, authentique et véritable.

dimanche 3 juillet 2011

Tous philosophes - Lady Gaga

Dans son dernier tube "I was born this way" la philosophe Lady Gaga nous présente une vision assez pointue du déterminisme. Imprégnée d'une culture judéo-chrétienne de l'amour de son prochain elle prône cependant l'idée nietzschéenne du dépassement de l'homme quand elle clame : "We are all born superstars". Avec une assurance taoïste ou même stoïque elle n'hésite pas à rassurer ses fans que quelle que soit notre condition, c'est la seule et par conséquent la bonne : "I'm on the right track baby".
Affirmant l'existence d'un Dieu non seulement créateur mais perfectionniste, notre libre-arbitre cherche encore sa place. Ceci pourrait nous apparaître comme une forme de pessimisme mais bien qu'il n'y ait pas d'autre chemin "no other way" l'idée d'unité et de mélange et d'intégration entre les êtres humains, qu'importe l'origine ou la sexualité, ressort comme axe principal de son argumentation : nous sommes tous égaux.
Dans un texte musical court et rythmé elle met en avant le problème de la confiance et de l'amour-propre qui s'appuie sur une foi presque aveugle de Dieu. Seulement, sommes-nous vraiment déterminés quasiment génétiquement comme L. Gaga l'affirme ? Ces propos m'interrogent sur plusieurs points : le destin ne laissant plus de place au hasard est-il inévitable ? C'est la thèse qu'elle semble défendre. Ou bien est-ce une finalité en laquelle il est non seulement nécessaire de croire mais surtout pour laquelle il faut se battre sans quoi elle ne peut se réaliser ? Ensuite, il y a une analogie entre la couleur de peau et la sexualité comme génétiquement définies qui pose un problème d'éthique. Le petit Nicolas serait le premier à acquiescer ce qui est de toute évidence faux : notre ADN seul ne conditionne ni notre sexualité, ni une certaine propension à la violence ou au crime.
Derrière un refrain d'optimisme se cache des couplets de fatalisme qui mériteraient d'être revus. On s'en doute, L. Gaga cherche sûrement davantage à justifier son excentricité commerciale sous des airs de bonne catholique plutôt que nous révéler une véritable foi ou ne serait-ce une réflexion poussée sur la culture de l'autre.

Crise de foi

Derrière le menhir se cache la Vierge
contemplant le Golfe du Morbihan

Peut-on mêler politique, religion et émotion ? Inévitablement, ces trois aspects fondamentaux de l'organisation sociale de l'homme sont non seulement liés mais directement dépendants les uns aux autres. Au lendemain d'un pseudo débat sur la laïcité et dans une atmosphère mondiale toujours aussi marquée par la peur comme le souligne Dominique Moïsi dans La géopolitique de l'émotion, à qui ou à quoi pouvons-nous reprocher cette crainte de l'Autre, cette angoisse d'une menace qui arriverait de nos voisins méditerranéens fraîchement livrés à la démocratie.
Oubliez vos cours d'histoire qui datent du début du siècle, ceux qui nous apprenaient que l'Europe, les États-Unis et le Japon formaient le trio super puissant régnant en maître sur l'économie mondiale. N'allez pas croire non plus à cette idée outrageante d'une entité arabo-musulmane une et indivisible tout comme il est absurde de parler encore de "l'Occident" en assimilant deux cultures d'un bord à l'autre de l'Atlantique différentes en de nombreux points de vue. Mais maintenant que M. Bush est parti nous pouvons dépasser le stade des gentils et des méchants et de cette vision manichéenne d'un monde qui opposerait d'un côté la démocratie et de l'autre l'islam terroriste.
Ceci étant dit le problème qui nous concerne ici est ce que j'ai choisi d'appeler une crise de foi. Le capitalisme aurait-il comblé toutes nos espérances à tel point que nous ne puissions plus croire en quelque dieu que ce soit ? Ou serait-ce la quête du profit qui nous aurait détourné de toute spiritualité ? Les riches devenant de plus en plus riches n'ont plus besoin de fonder une croyance en un paradis qu'ils se trouvent déjà posséder et les plus pauvres, de plus en plus nombreux perdent la foi face à des gouvernements semblant les abandonner dans la misère, voir les y enfoncer pour mieux tenir debout le temps de la "crise économique".
Mais qu'elle soit financière, sociale, industrielle ou même écologique, la véritable crise est avant-tout émotionnelle, culturelle et humaine. La vérité qui défend cette idée est très simpliste et pourtant indéniable : nos peuples, nos partis, nos états, nos nations sont constitués de femmes et d'hommes plus ou moins sujets aux émotions. Ces émotions qu'il faut observer avec attention déterminent les directions que prend l'humanité tout entière. La foi, qu'elle soit religieuse ou non, découle de ces mêmes émotions. Parfois quand elle est puissante, née du désespoir et de l'humiliation, la conviction religieuse mène des peuples entiers jusqu'à la démocratie ou la mort.
La modernité, les progrès scientifiques et technologiques nous ont donné une certaine confiance en l'avenir. Cette confiance collective a cependant freiné les convictions personnelles de chacun. Comme dans un train qu'on ne saurait arrêter, la plupart d'entre nous se contente de regarder le paysage défiler sans se soucier de la destination finale. Ce qui nous fait peur est cette foi beaucoup plus forte chez nos frères et sœurs venus en France pratiquer leurs religions. Ce qui nous fait peur c'est cette identité beaucoup plus affirmée qu'ils n'ont pas honte d'afficher. Ce qui nous effraie aussi et nous angoisse c'est ce modèle démocratique pas si infaillible que ça que l'on se félicite implicitement d'avoir propagé à nos amis Tunisiens ou Égyptiens en sachant très bien que ce n'est pas non plus une solution miracle et directe. Ce que nous craignons c'est que cette force toujours aussi jeune, vive et dynamique qui vient d'ailleurs ne vienne donner un coup de pied dans une culture française quelque peu stagnante ou du moins toujours en quête d'identité.
Car le français moyen qui ne va plus à la messe n'est guère passionnant. Il travaille, il s'achète une voiture, une maison, part en vacances dans les îles et voit le monde à travers des reportages "chocs" dans lesquels il pense toucher à la réalité. Il voit des personnes de couleur débarquer et leur reproche alors le chômage, l'insécurité et le trou de la sécu. Mais malgré ses plaintes et ses reproches, quels sont ses véritables idéaux ? Il est beau le trio qui triomphe sur les frontons des écoles : Liberté, Égalité, Fraternité. Dans un état de droit on en oublie presque que la fraternité est plus un devoir moral.
De l'ignorance naît la peur de l'autre. Essayer de comprendre, s'intéresser est un premier pas qui est nécessaire sans être suffisant. Le mieux pour découvrir l'autre est sûrement de l'accueillir avec une véritable intention d'intégration, pas seulement économique comme main d’œuvre facile, mais surtout socialement par des prises de décisions en faveur de véritables échanges culturels.

mercredi 29 juin 2011

L'éloge du chaos

Dans une société où tout est réglé et ordonné, dans des paysages fractionnés mathématiquement en parcelles précisément équitables, perdure un ensemble d'événements, d'idées, de comportements qui peuvent se regrouper sous un concept général que l'on appelle "chaos".
Ma définition du chaos est particulière. Elle oppose la nature véritable des choses à ce que l'homme en fait. Elle oppose l'aléatoire, le spontané, l'indéfini, le difforme, le morcelé à l'ordre, la linéarité, la composition, la régularité... Les physiciens, mathématiciens et autres scientifiques peuvent alors s'empresser de remarquer que les probabilités, les fractales ou les agencements octaédriques des molécules nous montrent un certain ordre dans la nature des choses. J'en conviens parfaitement mais ma réflexion ne se porte pas sur le nombre d'or. Considérons le chaos comme une opportunité, esthétique ou sociale !
Comme nous l'apprend très bien Tyler Durden, instigateur du projet chaos dans le film de David Fincher, à force de vouloir tout contrôler on passe à côté des choses essentielles, peut-être les plus primitives, mais celles qui nous touchent le plus.

Nous luttons jour après jour contre le chaos. Combien de fois nos parents nous ont-ils ordonné de ranger une chambre ô combien chaotique ? Quelles capacités faut-il pour réussir à tirer au crayon un trait parfaitement droit ? D'un côté nous tentons d'attendre ce que la pensée commune qualifie de perfection, d'un autre nous savons que les irrégularités témoignent d'une authenticité qui est gage d'une qualité intemporelle. Que dire face aux tomates trop parfaitement rondes et rouges qui poussent à toute heure du jour et de la nuit, quelle que soit la saison ? Que penser de ces blocs architecturaux qui délimitent nos banlieues ? Vous savez aussi bien que moi qu'une certaine part d'humanité, bien que tendant vers une certaine évolution, a besoin de cette part de chaos, d'authenticité.

Il nous faut du mouvement, de l'encombrement, du bruit. Il nous faut cette métaphore urbaine de la jungle primitive. Il nous faut des obstacles, de la rugosité où nous accrocher, des lianes pendantes pour nous déplacer, des rivières débordantes à franchir pour nous dépasser. L'homme malheureusement devient de plus en plus mauvaisement fainéant. Il trace des routes les plus rectilignes possibles pour gagner du temps en perdant de l'espace. Il nous faut de l'art brut, de la terre et de la poussière, des vieilles portes en bois qui vieillissent et qui travaillent en grinçant avec le soleil. Il nous faut des visages marqués, expressifs, n'ayant peur de montrer des rides. L'homme malheureusement est narcissique. Il ne voit que ses mannequins anorexiques et ses vieilles actrices dépassées botoxées jusqu'à la raie. Il nous faut l'improbable, l'inattendu, la surprise, l'espoir. Il nous faut cette part du hasard qui nous laisse encore croire qu'on peut en sortir... de ce chaos précisément !
Oui, qui peut me contredire quand j'affirme que nous sommes en plein dedans ? En sortirons-nous un jour ? Peut-être pour mieux y retomber ! Voyons les choses sous cet angle : l'ordre n'est qu'une combinaison de désordres et l'équilibre un passage d'un déséquilibre à un autre. Accepter le chaos est une manière d'accepter notre incapacité à maîtriser la nature. Accueillir le chaos en soi est une grande preuve d'humilité.

>>>LES CHRONIQUES DU CHAOS

lundi 27 juin 2011

Les réseaux sociaux

L'homme est un loup pour l'homme et les amis de mes amis sont mes amis. C'est un peu ce que veulent nous faire croire les réseaux sociaux dont le plus populaire ne cesse de me proposer de de "lier d'amitié" avec des personnes que je ne connais ni d’Ève, ni d'Adam... Si ! Justement il ne connaît que ceux que connaissent ceux que je connais... Et je ne déconne pas : je ne les connais simplement pas... et je m'en réjouis ! Je ne trouve que ce que je cherche, et je ne cherche que ce que je veux trouver. je pourrais aussi chercher à ne pas me faire trouver. Je suis bien content qu'il ne retrouve pas le nom des personnes que j'ai rencontrées le mois dernier ou le vieil ami perdu de vue dont je ne connais pas même le nom. Cela ne saurait tarder, bientôt nos téléphones seront tous reliés les uns avec les autres et je pourrai dire à mon boucher en rentrant chez moi que son steak était succulent. En rentrant quelques préférences ma machine me suggérera de flirter avec cette inconnue que j'aurai croisée précédemment dans la rue, inconnue qui ne l'aura été qu'un bref instant puisque j'aurai accès à son itinéraire quotidien, je saurai qu'elle va à tel ou tel endroit et qu'elle défend telle ou telle idéologie politique pour peu que les idéologies politiques existent encore !
Quelle est la véritable fonction de tels réseaux sociaux ? Quelle est la valeur de ce qui est nommé comme "amitié" ou "ami" ?
N'arrivons nous pas ici à l'apogée de ce qu'internet pouvait faire de pire : laisser à chacun un espace d'expression narcissique et grandissant d'inutilité.J'imagine déjà les défenseurs de la démocratie crier au blasphème ! Hou ! Hou ! Nous avons le droit de dire ce que l'on pense... Sur ce point je ne peux me rétracter car sans ça je n'écrirais pas ces lignes. Le problème philosophique qui est en train de se créer confronte deux sphères sociales anciennement bien distingues : l'espace public et l'espace privé.
Pour une princesse, une star du cinéma ou je ne sais quel riche flambeur con et célèbre, cette limite s'amincit du fait des médias. Et nous, pauvres travailleurs, désirons ce que Warhol nous avait implicitement promis : notre quart d'heure de gloire.
Se créer un réseau social peut répondre à plusieurs attentes. Une de celles-ci que l'on n'ose avouer à soi même reste l'image médiévale d'un vieux fantasme mélangeant orgueil et pseudo-pouvoir : avoir sa petite cours autour de soi. Avoir du monde qui nous regarde. Voir mais surtout être vu. C'est ça que l'on aime. Raconter sa vie, se donner de l'importance car nos quotidiens sont trop monotones on essaie de faire remonter à la surface les substrats les plus délicats.
Nous nous hâtons d'afficher les photos de vacances attestant d'un bonheur qui parait constant et un océan d'obséquiosité recouvre le triste continent de la réalité. Nous n'avons rien à dire mais nous le disons ! Et dans cette cacophonie abrutissante tout le monde est l'ami de tout le monde... et de personne.
Nous sommes des individualités en quête d'identité. En cherchant à nous construire celle-ci, à travers l'autre, focalisés sur le reflet du reflet, nous ne savons plus ou regarder. Qui ressemble à qui ?
Nous partageons les mêmes goûts, écoutons la même musique...c'est bien. Rien d'étonnant, après tout, nous mangeons les mêmes produits, nous portons les mêmes vêtements, nous regardons les mêmes conneries télévidées. Super, alors nous sommes vraiment tous amis ? J'aime rire, j'aime manger et ne rien faire, j'aime dormir, j'aime la paix dans le monde, j'aime la musique, j'aime le ciel bleu et le soleil, j'aime l'amour même ! Tout le monde est beau, tout le monde est gentil, tout le monde s'aime. Finalement, je ne vois pas où est le problème.
La négation d'une isolation intellectuelle nous formate. Plutôt que d'accepter la nature de vide de nos vies on préfère la remplir avec des conneries. Des images, des sons. Moins on réfléchit et moins on se rappelle la triste vérité qui nous entoure. Ne penser à rien. Telle est l'immense difficulté de la plupart des exercices de méditations asiatiques. Serait-ce là notre manière d'atteindre une forme de sagesse ? Plutôt paradoxal, non ? Si la folie est une forme de sagesse, la curiosité intellectuelle ne doit par contre pas faire l'objet d'un amalgame avec une curiosité malsaine, perverse ou tout simplement futile qui nous pousse à regarder des vidéos plus inutiles les unes que les autres.
Ce qui compte c'est de masquer le silence, masquer l'ignorance, faire des gestes et du bruit pour montrer qu'on est là, pour donner à notre corps des signes de vie, des signes d'un mouvement, même chaotique. Car notre peur inconsciente la plus présente est celle de la mort. L'homme moderne s'empresse d'ailleurs vite de dormir mais s'impatiente de rêver, et d'être à nouveau face à des tas d'images, amusant son esprit, lui laissant toute liberté d'oisiveté spirituelle.
Mais un jour, il se réveille. En prenant un peu de recul, juste assez pour se rendre compte du temps qu'il perd, ces activités qu'il croyait l'attirer se révèlent n'être qu'une longue attente sans fin devant une multitude de données sans valeur.


samedi 3 juillet 2010

LE TEMPS - Introduction poétique

Je suis le temps.
Acteur, manipulateur, tentateur.
Je suis cette dimension insaisissable mais omniprésente qui transforme les formes du monde et ses beautés pour les saboter et les rendre immondes.
J'ai tous les visages et toutes les couleurs, j'ai tous les sons et tous les parfums.
Je suis l'instant, le temps « 1 » puis la seconde. Principale ou secondaire, l'unité de temps ne sert qu'à donner une idée. Je suis le tic-tac, tactique, stratégique, tactile ou statique. J'attaque, je taquine. Vous croyez m'attraper mais vous vous trompez. Comme son nom l'indique, la montre ne fait que me montrer. Comme je vous l'ai dit, je suis insaisissable. Je suis le moment, la minute. Je suis le mouvement et l'immobilité, sans moi ni l'un ni l'autre ne pourraient exister. Je suis l'heure et c'est de l'or car je suis de l'argent. Je me loge dans l'horloge. Mais je suis autant un leurre.
Mon masque quotidien est celui du soleil, porté par Chronos je rythme les semaines.
Mais je suis également le voile de Morphée, l'étendue infinie où s'étalent vos rêves.
Je suis le jour, je suis la nuit en étant ni l'un ni l'autre.
Je suis le pouls, la vie.
Je suis de mois en mois toujours moi, je suis aussi le moisi sans l'avoir choisi. Je suis la mort.
Avec moi vous vous sentez condamnés d'années en années, en me regardant passer.
Pas assez prêts à trépasser mais trop près et trop pressés, stressés et oppressés.
Décennies après décennies des nouveaux nés j'en fais des aînés et des séniles.
Je suis siècles et millénaires dans l'espace je suis l'année lumière.
Je suis le rythme, la musique.
Je suis l'évolution, l'accomplissement. Je suis le temps.
Vous ne me voyez pas mais vous me regardez.
Je suis les ficelles du pantin qui danse.
Je fais poussez la vie, je vous ai fait parler. Je vous ai fait grandir, souffrir, rire et pleurer.
On dit de moi que j'efface les souvenirs mais mon pouvoir ne peut guérir les blessures.
Je peux parfois soulager la rancœur mais je nourris aveuglement bien souvent l'amertume.
Car votre grand problème à vous, c'est que vos petits yeux ne voient guère que mon ombre.
Une ombre pesante, oppressante, imposante qui modestement se nomme le Passé et qui son lourd poids ne cesse d'imposer. Impossible de s'y opposer ?
Il est vrai que c'est lui, à l'image paternelle, qui vous a créé.
Et si l'on va de paire, c'est d'une certaine manière également mon père.
Je suis le fils du temps, je suis le fil de temps.
Un long fil tendu, infime et infini bien entendu.
A la fois l'arbre et le fruit, je suis Chimère schizophrénique.
Sans cesse le cul entre deux chaises, le deal est de trouver le remède au dilemme : la Peste ou le Choléra ? Le temps s'écoule d'amont en aval, de Charybde en Scylla, plus je passe et plus vous vous demandez ce que je fous là !
L'œdipe qui sommeille aimerait tuer son père et épouser la veuve.
S'affranchir de son ombre et devenir soi même.

Ma mère est l'avenir, le futur radiant, à la fois dans le fait et dans l'éphémère.
Elle est la promesse encore non exhaussée.
C'est elle qui me donne le sourire de l'espoir bien souvent maquillé de trop de naïveté.
C'est elle qui apaise les blessures de mon père mais je lui crains aussi de refaire les mêmes fautes. Les deux sont très liés, on ne peut le nier.
Moi entre les deux je suis né aliéné. Ma schizophrénie frénétique me serre entre l'étau.
Je suis tôt ou tard ou trop tôt ou trop tard.
Vous me connaissez tous, préférez m'ignorer. Certains me prennent mais jamais seul.
Certains disent qu'ils ne m 'ont pas.
Je n'appartiens à personne et tout le monde m'appartient.
Ne croyez pas cet imposteur qui vous dirige, vous manipule et vous endort.
Il vous ferait avaler n'importe quoi sans que vous ne bronchiez d'un cil.
Il se présente sous le nom de Destin, ou Fatalité.
Vous êtes beaucoup à me confondre avec lui.
Ce faux-frère est un charlatan au charme latent qui n'attend rien et n'a pour but que vous empêcher d'aboutir à ce que vous êtes vraiment.
Je vous accompagne mais vous restez libres.
Je ne suis que l'essence, l'énergie de vous tous en devenir.
Je suis humble et docile.
Si mon état est incommensurable, il n'appartient qu'à vous de le modeler à votre goût.
Il n'appartient qu'à vous de m'élever au rang d'infini en l'espace d'une vie.
Je suis votre force créatrice, votre souffle, votre élan vital.
Maintenant que vous me connaissez mieux vous n'avez plus d'excuses pour m'éviter.
Vous savez qui je suis, à vous de vous faire connaître en gravant sur ma peau-stérité votre nom comme la roche est marquée des torrents.