Affichage des articles dont le libellé est chine. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est chine. Afficher tous les articles

dimanche 28 octobre 2012

Occidentocentrisme

Doit-on toujours recentrer l'univers sur le nombril de l'humanité ? Mais avant cela peut-on simplement considérer les sagesses orientales ou asiatiques comme de véritables philosophies ? Le problème est toujours le même : comment être sûr que les critères de définition de l'objectivité ne sont pas subjectifs ? Le serpent se mordra toujours la queue tant qu'on n'acceptera pas de décoller de la signification première de la philosophie et son étymologie grecque. Alors on parle de pensée, de sagesse et on nuance les traits qui voudraient faire que la seule et unique philosophie, la vraie serait née avec Socrate pour aboutir à Kant en passant par Descartes... et pourtant comment comprendre cet idéal clamé par tous, je veux parler de l'universel. Doit-on comprendre l'universel de la philosophie grecque comme la démocratie athénienne d'Aristote ? Réservée à une élite et donc relativement restrictive finalement.
Nous pourrions dresser un tableau comparatif des idées majeures et comprendre qu'il n'y a pas de monopole de la pensée, qu'Héraclite n'avait rien perçu davantage que Lao Zi et que les concepts métaphysiques qu'ils soient présocratiques, médiévaux ou modernes existaient déjà dans des pensées hindouistes ou bouddhistes et sûrement également amérindiennes ou africaines. Mais sortir des barrières conventionnelles ne peut se faire par la comparaison. Ce qu'il faut remarquer c'est l'appropriation d'une discipline par des critères arbitraires dont la fonction principale est justement de démarquer. Ainsi le débat pourrait se clore : la philosophie est par définition la philosophie occidentale. Bien sûr, aujourd'hui les courants se font face et l'on ne peut parler d'une unité de pensée mais il serait hypocrite d'affirmer une égalité de considération des différents courants philosophiques présents dans le monde.
Si une comparaison ne suffit pas il faut accepter la différence de forme qui peut facilement être repprochée à des textes dont la nature poétique ou ésotérique revêt néanmoins une immense pensée. Et les mêmes similitudes qui suffiraient à rendre à ces textes la même valeur que les classiques canoniques antiques occidentaux fondent ce qui est la base d'un certain mépris colonialiste, l'idée que les peuples en dehors de l'Europe seraient justement restés à un certain niveau de civilisation. Cette constance qui fait la force de ces pensées et surtout de ces morales semblant inchangeantes, inchangées et invincibles est en fait déstabilisante. Avec une triste histoire l'occident suit la voie d'un positivisme philosophique tout en s'appuyant encore et toujours sur les textes antiques pour légitimer sa pratique contemporaine.

Le taoïsme est une philosophie affranchie de considérations logiques, systémiques. Elle est avant-tout le support, l'origine d'une morale, d'une pratique. Si elle ne justifie pas analytiquement tous ses fondements métaphysiques, elle affirme sans douter tout en se préservant d'établir un dogme absolu. Elle pourrait être accusée de scepticisme par son absence de raisonnements alambiqués sur l'origine et la nature du savoir mais pose une réalité des choses, s'inscrit dans le concret et y produit des effets. La philosophie n'est pas élitiste, le philosophe peut l'être, mais en cela il ne sera jamais vraiment sage.

mardi 23 octobre 2012

De la calligraphie chinoise 2 - 中国书法(二)

Le caractère chinois est une recherche de l'équilibre visuel, de l'harmonie. Cette harmonie qui veut se lire dans l'encre est une harmonie qui doit se lire depuis le mouvement du pinceau, qui découle du geste du bras, guidé par l'esprit de l'artiste. Cette harmonie esthétique est alors avant toute chose le fruit d'un travail de longue haleine, de la rigueur et de la discipline dans leur forme de persévérance. L'équilibre d'un caractère repose sur l'équilibre des forces, du yin et du yang, du vertical et de l'horizontal, du carré et de la courbe, du vide et du plein. Il n'y a pas vraiment d'espace sur une feuille blanche tant que celle-ci n'est pas maculée ne serait-ce que d'un point noir qui vienne établir un contraste, une opposition de forces qui vienne engendrer l'une comme l'autre.
Le pinceau du calligraphe n'est pas le pinceau du peintre, il glisse sur la feuille une seule et unique fois sans revenir en arrière. Ses pas sont à jamais gravés. Il n'est pas non plus un simple intermédiaire qui ne servirait qu'à apposer une couleur, il est la matière même du trait, autant que l'encre ou le papier. Sans pinceau, sans sa souplesse ou sa dureté, sa capacité à retenir l'encre et la laisser couler il n'y aurait d'écriture.
La calligraphie est vivante, elle ne cherche pas la ligne droite ou la symétrie. L’œil de l'artiste et sa main donnent naissance à des traits ascendants ou descendants, gauches ou droites qui diffèrent. Elle vise un équilibre dans le mouvement, un équilibre dans le déséquilibre. Le trait s'amincit et grossit. Il tourne, il monte, il descend. Il suit son chemin, son dao. La calligraphie en style herbes folles déstructure les caractères et va marquer le mouvement à l'extérieur des traits. On comprend alors que l'harmonie n'est pas la simple juxtaposition de traits les uns à côté des autres mais est issue des relations qu'ils génèrent. L'harmonie des traits naît autant des espaces qu'ils comblent que des vides qu'ils remplissent. En comparant cette esthétique à la musique Jazz, Miles Davis aurait dit : la vraie musique est le silence, les notes ne font qu'encadrer celui-ci. Finalement dans cette harmonie du noir et du blanc, du vide et du plein peut-on dire que l'un joue un rôle plus important que l'autre ?
Dans la vitesse d’exécution les mouvements de liaison entre les différents éléments constitutifs d'un même idéogramme apparaissent avec l'encre et apportent une dynamique et une densité au mot. La calligraphie chinoise est belle dans son imperfection. Dans son inexactitude entre les traits, créant de minces différences assez subtiles pour ne pas être choquantes et assez marquées pour créer une dynamique d'attirance des traits les uns vers les autres. La marque du pinceau laissant aux extrémités un contour aux traits si particulier de cette écriture rappelle forcément la main de l'homme et l'esprit qu'il y a derrière. Les traits gras soutiennent les traits légers. Les traits fins soulèvent les traits plus pesants. Certains caractères possèdent un rythme intérieur constitué de traits horizontaux qui se répètent et dimensionnent l'espace.
Je pense qu'un bon calligraphe comme un bon judoka, ou un bon musicien est celui qui maîtrise suffisamment son art pour ne plus y penser et laisser naturellement son corps agir. C'est un apprentissage de l'esprit sur le corps, par le corps. Si les premiers pas, les premiers points sont difficiles à exécuter les premiers traits réussis suscitent le contentement. Comme toute pratique artistique ou artificielle, non naturelle, la calligraphie demande un apprentissage.
Le choix du pinceau est important. Ses poils doivent être assez souples pour accepter les mouvements. L'encre doit être suffisamment abondante pour s'échapper de la touffe et envahir l'espace qui lui est offert. Le paradoxe fort amusant est de se dire que pour maîtriser le pinceau il faut apprendre à ne plus le sentir, mais l'incorporer au sens premier du terme, faire corps avec pour ne plus ressentir que la feuille, l'encre, le vide, le geste. Avant de chercher à maîtriser les gestes il faut les laisser aller par eux-mêmes et observer leurs comportements, la manière de réagir du pinceau, des poils, comment la position du coude, du poignet change la précision d'un trait, la facilité de mouvement. On se rend compte alors d'où vient la forme des traits et des points de la calligraphie chinoise, ce sont véritablement les marques de chaque mouvement du pinceau, les changements de direction, la vitesse, la manière et l'ordre de tracer les figures. Si le pinceau est trop sec, la main ne peut glisser, il faut suffisamment d'encre pour avoir de la souplesse mais pas trop pour ne pas s'y noyer !
Répéter des centaines et des milliers de fois les éléments, les caractères de base est la clé de la réussite, la maîtrise de cet art. La régularité est la rigueur quotidienne, elle permet aux subtilités quasiment indescriptibles d'émerger petit à petit avec le temps et l'exercice. L'apprentissage du corps par la répétition fait s'évader l'esprit et dans cette pratique lui offre cette distance nécessaire à la préhension du corps justement.
Quand je trace plusieurs fois différemment (avec des techniques et des approches différentes) un même caractère en tentant d'atteindre un idéal d'esthétique, tous ces caractères veulent dirent la même chose mais un seul sera particulièrement beau. Pourquoi ? En raison de son harmonie interne, par l'harmonie entre les traits à l'intérieur de l'espace, par l'harmonie de chaque trait par rapport aux autres, par l'harmonie interne aux traits selon son épaisseur. Ainsi il y a le goût esthétique lié au style d'écriture qui concerne la forme des traits et celui qui est lié à la technique et qui concerne les proportions et la maîtrise d'un style.

lundi 2 avril 2012

Apprendre des langues, entre conscience et politique


Identité, Altérité, Langage.

Afin de mieux se rendre compte de l'opportunité qu'offre l'apprentissage de langues je voudrais développer mon argumentation suivant trois domaines qui diffèrent par leur nature mais dont l'analyse qui en sera faite permettra d'en faire ressortir les similitudes. Comment l'identité et la conscience de soi ne peut-elle se forger que dans la conscience de l'autre ? En répondant à cette première question nous aborderons une dimension psychologique qui pourra servir ensuite à montrer qu'à l'échelle sociologique nous pouvons appliquer des raisonnements analogues. Enfin à partir de ces considérations nous devrions mieux comprendre l'importance des langues, qu'elles soient étrangères ou vernaculaires, dans l'appréhension de notre propre culture, identité et manière de saisir le réel.

Comment savons-nous que nous existons ? Par une mise en relation de nos différences et nos similitudes avec le monde extérieur, et particulièrement l'autre. L'autre est celui qui me ressemble sans être moi. L'autre est celui qui possède les mêmes caractéristiques que moi, avec des grandeurs différentes. L'identité ne se construit pour autant pas simplement sur une dualité. L'altérité suppose le nombre, la multiplicité. La conscience de moi-même est la perception de l'autre différent de moi-même mais également différent d'un tiers. Ainsi je peux affirmer être un homme non seulement car je sais que je ne suis pas un arbre, mais surtout car je possède les mêmes caractéristiques que d'autres hommes avec lesquels je forme un groupe. Ce qui est remarquable n'est pas tant la différence perceptible entre moi-même et des objets du monde extérieur mais la différence entre les objets eux-mêmes. A-t-on pour autant une identité propre ? Cette association est-elle seulement envisageable ? Évidemment non, il n'existe pas plus d'identité absolue qu'il est impossible d'être différent absolument, indépendamment d'autres entités, quelles qu'elles soient. L'identité repose sur la différence, l'identité d'un groupe serait d'une manière simplifiée la propriété des individus de ce groupe d'être tous différents des individus d'un autre groupe. De ce point de vue l'identité ne peut constituer le critère d'appartenance ou non à un groupe puisqu'elle en est le synonyme. En tant qu'individu je me définis donc comme différent des autres individus à l'intérieur d'un groupe – qui peut être une famille, une nation, une espèce – lui même défini par opposition aux autres groupes.

En nous situant à une échelle sociale, une nation, un empire se construisent par opposition à d'autres royaumes, territoires... Dans les cas où c'est l'identité d'un peuple qui est à l'origine des frontières, c'est par opposition, par exclusion que naissent différents états. Que les critères soient religieux ou ethniques ils sont à la base de l'altérité et par conséquent de l'identité. Ce qui est à la base de la religion c'est ce qui relit, religere en latin. Mais ce qui rassemble des individus les condamne à se séparer des autres. Partager un même point de vue est en quelque sorte affirmer communément un rejet des autres théories. Cette vision d'une situation qui relate des faits doit être relativisée avec l'idée du commun. En prenant l'exemple des religions, malgré leurs différences, nous pouvons nous accorder sur le fait qu'elles traitent fondamentalement des mêmes problèmes, et qu'elles posent les mêmes questions (les principales apportent de surcroît les mêmes réponses). L'idée d'identité et de groupe est à relativiser. Sommes nous en opposition parce que nous sommes différents les uns des autres ou ne mettons-nous pas en avant des différences qui ne reposent que sur nos oppositions ?

Pourquoi apprendre des langues ? La réponse apparaît de plus en plus claire et évidente. Pour cultiver la différence, l'altérité et l'identité « positive » qui se nourrit de l'échange. Sans spéculer sur l'origine et l'évolution des langues tenons-nous en au constat simple que nous ne partageons pas tous la même langue. Ce qui constitue parfois une barrière pour la communication est une véritable chance pour la compréhension... de soi ! Qu'est-ce qu'apprendre une langue autre que maternelle ? C'est ré-apprendre à voir le monde, à le saisir, le nommer. C'est ré-apprendre les rapports qu'entretiennent les aspects du réel avec les concepts, revoir l'idée du mot, de la phrase, du langage. Dans la comparaison de sa langue et d'une autre certaines différences mettront en relief ce qui est nécessaire ou pas (les noms en anglais n'ont aucun genre) ; dans une autre la construction de champs sémantiques révèlera des liens étymologiques dans sa propre langue ; et en multipliant les expériences ressortira ce qui est essentiel au langage et qui est partagé par tous, encore que ceci soit possible. Chaque langue attribue à un aspect de la réalité une notion, un concept, des mots. Le fonctionnement polysémique du langage lui permet de saisir un maximum de ce qui est abstrait (l'expérience) avec un minimum de concret (des sons ou des signes graphiques). Dans cette perspective j'aime à penser (j'en suis même convaincu) que le polyglotte élargit cette palette de mots, d'outils qui lui permettent de saisir le réel de deux manières : en disposant de nouveaux outils que sa langue ne lui offrait pas et en affinant ceux qu'elle proposait déjà. Apprendre une langue c'est se regarder dans un miroir.

La France est un des pires pays en terme d'apprentissage des langues et le constat amer des professeurs est sans équivoque : les fautes d'orthographes se multiplient au fil des ans. Ce que j'ai voulu montrer est simplement la force que peut avoir l'apprentissage des langues étrangères (non maternelles) dans la prise de conscience de sa propre langue de la même manière que chacun se construit avec et par différenciation de l'autre. Si l'écolier français moyen est aussi nul en Français qu'en Anglais ou en Allemand ce n'est pas un hasard. Les deux compétences sont complémentaires c'est pour cela qu'il ne faut pas craindre l'ouverture à l'autre, aux autres cultures mais également à ses propres cultures régionales qui contribuent tout autant au mythe de l'identité nationale qui n'est en fait qu'un choix. Se construire, construire un groupe, un état c'est s'ouvrir à la diversité, échanger des expériences et unir des forces. Apprendre des langues est en cela un acte d'humilité et d'invitation à partager.

samedi 7 janvier 2012

Respect, Langage et Politesse

Si les expressions d'une langue sont traduisibles d'un pays à l'autre, certaines subtilités culturelles sont définitivement propres. Je ne parle pas de détails grammaticaux techniques spécifiques à telle ou telle langue. Quels sont les premiers mots que l'on apprend quand on souhaite s'initier à une langue étrangère ? « Bonjour ! » , « Merci ! » ou « Comment allez-vous ? ». Ces mots si simples et si courants ne sont pourtant pas innocents et révèlent déjà, lorsqu'on s'y intéresse, les différences qui peuvent exister entre deux cultures. Alors qu'en suédois l'on se salue avec un Hey ! Hey ! franc et naturel, une telle attitude chez nous passerait pour celle d'un farfelu ou encore d'un jeune en manque d'éducation. Puisque le langage est social et manifeste le rapport de soi à autrui, ce qui est significatif se trouve dans la manière que nous pouvons avoir pour désigner l'interlocuteur, c'est sur ce point précis que je voudrais que nous nous intéressions. Il y a ce que nous appelons le respect et la politesse. Le respect se porte sur soi, les autres, les règles, les institutions, les conventions, les idées. Ainsi nous pouvons dire que nous respectons des engagements comme nous respectons la loi et de même lorsque nous respectons les traditions c'est que nous sommes agissons conformément à ce qu'une majorité a auparavant décidé comme la bonne manière d'agir. Le respect d'une personne est légèrement différent et les nuances d'un pays à l'autre se manifestent à travers le langage.

En anglais il n'y a qu'un seul mot pour s'adresser à quelqu'un, c'est you (au singulier comme au pluriel) que les français traduisent par tu ou par vous. Comment faire pour savoir quel terme utiliser ? Par la situation et le rapport qu'entretiennent les deux interlocuteurs. C'est pourtant une grande nuance de la langue anglaise qui perd de sa force quand elle est traduite. Le vouvoiement est un phénomène plutôt intéressant. Il marque une certaine distance en conférant à l'interlocuteur une qualité supérieure : vous est une personne du pluriel, marque le nombre. On vouvoie en général quelqu'un de plus âgé que soi, de plus gradé, de plus noble. Le vouvoiement peut-être une marque sociale là où certains enfants vouvoient leurs parents, d'autres les tutoient. Cette marque de respect n'est pas toujours bilatérale. Deux personnes âgées se vouvoient lorsqu'elles ne se connaissent pas, se tutoient avec plus d'intimité. Parfois certains tutoient et exigent d'être vouvoyées. En allemand comme en espagnol et d'autres langues la marque de respect se traduit par la troisième personne. Sie en allemand et Usted en espagnol montrent un éloignement qui se retrouve dans les vieilles expressions françaises comme « Monsieur voudra bien se donner la peine de... » où l'interlocuteur est carrément désigné indirectement et on imagine qu'un serviteur de la même manière n'oserait lever ses yeux à la hauteur du regard de sa majesté ! Le respect se traduit dans le langage, il est l'image de la relation sociale. Celui-ci prend beaucoup plus d'importances dans certaines langues comme le vietnamien qui a hérité du patrimoine confucéen dont semble s'être débarrassé le mandarin.

Saluer quelqu'un c'est lui souhaiter d'avoir une bonne journée, un bon jour. Ce que l'on retrouve dans beaucoup de langues : Guten Tag , Buenos dias , Buon giorno... Alors que dans d'autres langues c'est directement le bonheur ou la paix que l'on souhaite à la personne à laquelle on s'adresse : Shalom en hébreux signifie paix, et la locution chinoise 你好 qui se traduit par bonjour signifie littéralement « bonheur à toi ». En vietnamien le verbe saluer chào ne peut s'employer seul, il doit être accompagné d'un complément qui désigne la personne que l'on désire saluer et qui diffère selon le sexe, l'âge, le statut des deux interlocuteurs. Chào cô, chào bà, chào ông, chào anh, chào chi, chào em sont donc différentes manières de saluer suivant si la personne s'adresse à une jeune femme, une dame plus âgée, un homme plus âgé, un jeune homme, une jeune femme du même âge... Le respect est tellement présent dans la langue vietnamienne que même si il existe un mot pour la première personne « tôi », celui-ci n'est utilisé qu'en privé entre personnes de même âge, chez les jeunes. Le reste du temps chacun est donc désigné à la troisième personne en utilisant les mêmes « pronoms » qui marquent le respect.

La politesse est une convention de langage et de comportement. Pourtant certaines communautés comme celle des compagnons pensent, à juste titre, que la politesse qui est signe de respect passe par l'égalité avant-tout et que cette dernière peut très bien s'accommoder du tutoiement. Parfois le vouvoiement qui facilite la distanciation n'est effectivement pas la marque du respect mais cache aussi le mépris.

NEWSRING : La politesse est-elle ringarde ?

mercredi 19 octobre 2011

De la calligraphie chinoise - 中国书法

La culture chinoise si particulière pour nous, occidentaux, l'est en de nombreux points. Un des premiers est la langue qu'elle soit parlée ou écrite. La particularité des caractères chinois (et des langues de la même famille) réside dans le système de représentation des concepts et idées qui sont directement représentées dans leurs formes écrites, totalement indépendantes du système de phonétique qui s'y rattache. Plus qu'un point anecdotique c'est véritablement là que réside toute la richesse de la langue de Lao Zi et de Kong Fu Zi (Confucius). Notre manière de penser, de voir, de concevoir si elle dépend au plus de notre manière de parler et d'écrire, au moins elle en est largement influencée. Apprendre le chinois (comme la plupart des langues par ailleurs) ne se résume pas simplement à l'apprentissage d'un système phonétique, graphique, d'une syntaxe et d'un vocabulaire mais il s'agit de s'approprier une logique, une vision, un rapport aux choses différents des nôtres et si une fois encore cela peut en faire la difficulté c'est aussi et surtout là tout l'intérêt...
Les idéogrammes sont donc des dessins, autrefois plus explicites, aujourd'hui stylisés qui sont formés de d'éléments, représentations symboliques de base qui suivant leurs combinaisons signifient telle idée ou tel concept. Il n'existe pas de lettres ni d'alphabet mais pour écrire les milliers de caractères dont cette langue est constituée, le chinois n'utilise que quelques points et traits élémentaires dans leur principe mais sur lesquels repose tout l'art et la difficulté de la calligraphie chinoise.
Des pictogrammes rupestres bruts, lourds qui figuraient le monde tel qu'il apparaissait, la langue chinoise s'est construite en associant des images, des concepts, des notions, des idées pour former les idéogrammes dont les lignes de plus en plus épurées, douces et rapides ont fini par former après de siècles les caractères utilisés aujourd'hui. Toutefois il serait faux de négliger la phonétique dans un système de communication tonal qui accorde énormément d'importance à la musicalité de la langue. Les sons ne sont pas directement transcrits par les idéo/phonogrammes mais sont fortement associés, à tel point que la chauve-souris traduite par le caractère 蝠 est un porte bonheur 福 car les deux caractères se prononcent de la même manière « fu ».
La calligraphie n'est pas le simple art d'écrire des mots avec une certaine qualité esthétique. C'est l'invocation de tous nos sens, de tout notre corps dans un mouvement, dans une dynamique particulière. Le pinceau du calligraphe ne se contente pas de transposer un langage, il développe un langage second, à travers la langue. De la même manière que nos gestes, nos expressions du visage peuvent trahir sinon traduire une intention, un désir caché, une attitude, le calligraphe apprend à lire et écrire au delà des mots, dans les formes, les lignes, l'espace de la feuille de papier. Dans le film Hero de Zhang Yimou, l'image poétique du guerrier trahi par son écriture n'est pas absurde, elle démontre de la véritable appropriation de l'art par l'artiste, car il s'agit bien de cela. L'artiste calligraphe qui se maîtrise, maîtrise son esprit puis son corps, sa main et son pinceau nous présente dans chaque œuvre sa vision du mot, du caractère. Il interprète véritablement l'idée qu'il développe en lui donnant de la force ou de la douceur, de la prestance ou de la légèreté en même temps que ses coups transmettent ses humeurs, ainsi il peut très bien écrire le caractère « force » avec beaucoup de douceur, dévoilant un aspect presque caché, mystique d'une idée mise à nue.
La calligraphie est souvent associée à la poésie, en effet comme nous venons de le voir ces deux disciplines s'appliquent à mettre en perspective les visions du monde qui pourraient n'être évidentes de prime abord, elle traite de symboles, c'est à dire que le sens dépasse l'image. L'apprentissage de la calligraphie est une longue entreprise personnelle qui repose sur de la discipline et de la patience et à mesure que l'artiste découvre la magie des mots il se découvre lui-même, par la technique qui ne se résume pas seulement à la tenue du pinceau mais aussi à la position du corps, à la respiration ; par la rigueur dans l'utilisation du matériel, la préparation de l'encre et l'organisation d'une séance qui s'apparente à un rituel. L'art du « trait » plus que l'art des mots est alors plus qu'une simple activité divertissante c'est une philosophie, une manière d'aborder le monde, l'existence qui peut s'inscrire dans la tradition taoïste ou confucianiste, dans tous les cas c'est un véritable reflet de la pensée chinoise.